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Samedi 24 mars 2007

m-7d76d3220525d3247c7ff879cc424373-1-.jpg Lors de ma première entrée j'ai parlé d'une série de vidéoblogs sur YouTube qui m'a beaucoup aidée. Ces vidéos ont été enregistrées par une cannadienne du nom de Kats. Elles sont en anglais et disponibles sous le pseudo eniwekwe. J'ai l'intention de les traduire ici afin que vous puissiez bénéficier des enseignements de cette fille intelligente et forte.

Introduction

Salut!

Je m'appelle Kat et je fais ce vidéoblog pour les filles qui souffrent d'anorexie et de boulimie. Récemment je suis allée sur YouTube pour voir ce qui s'y passait et j'ai remarqué qu'il y avait beaucoup de vidéos pro-ana et "thinspiration", et tous ces trucs qui influencent vraiment les gens. J'ai moi-même guéri de l'anorexie. Un jour j'ai eu une attaque cardiaque et j'ai frôlé la mort. je veux faire ce vidéoblog pour donner de l'espoir aux filles, pour qu'elles sachent qu'il y a une vie après l'anorexie, que l'on peut la vaincre. Que l'on peut guérir sans devenir une "vache géante". J'ai beaucoup à dire et je veux enregistrer une série de vidéoblogs, et j'espère qu'ils pourront vous aider. Je veux vous donner de l'espoir et vous faire savoir qu'il est possible d'être heureux après avoir souffert autant que vous souffrez maintenant. C'est d'accord? Je pense qu'il s'agît là de mon introduction, je reviendrai bientôt avec plus pour vous.

Par rosebud - Publié dans : Eniwekwe
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Samedi 24 mars 2007

       Cette période anorexique est très typique. Je n'en raconterai donc pas beaucoup davantage. Et puis je ne me rappelle pas de tous les moments passés à angoisser, je n'arrive plus à me figurer la douleur, ni à quel point j'avais l'impression de ne plus être moi. Je n'arrive plus à imaginer les moments où je croyais devenir complètement folle, les moments où la seule chose que j'avais en tête était mon poids, et l'angoisse. Je n'arrivais plus à lâcher prise.

       Quand j'avais commencé à perdre du poids, j'étais rassurée, j'avais une valeur. Après cela a pris des proportions folles, perdre du poids, ou ne pas en prendre, était mon unique pensée, et tous mes actes n'étaient que les conséquences de cette obsession. A ce moment là j'allais très mal.

       C'est un professeur qui m'a décidé à reprendre du poids. Mon professeur d'anglais. En récupérant une de mes copies, j'ai tout de suite remarqué qu'elle contenait un mot de sa part à la suite de ma dissertation. Immédiatement j'ai deviné que c'est de mon état dont il s'agissait. J'étais alors en cours, et en lisant le message qui m'était adressé, je me suis mise à trembler comme une feuille. Le message était en anglais, et disait ceci:

PS: Cela fait un moment que j'ai envie de te parler_seulement je ne voudrais pas t'embarrasser. Tu m'inquiètes terriblement. Tu as l'air de te faire beaucoup de mal en ce moment. Je pense honnêtement que tu es une étudiante brillante, une jeune femme talentueuse, et une personne charmante. J'aime travailler avec des gens comme toi, et je serais tellement heureux de te voir aller mieux bientôt. Prends soin de toi. Aime toi, tu le mérites. Excuse moi si tu trouves cela indiscret, mais je souhaite vraiment t'aider, et tout ce que je peux faire c'est offrir ma compassion. J'espère que tu ne m'en veux pas. Et bien sûr, je ne te demande pas de répondre à ceci. 

Ce mot m'a fichu un sacré coup. Je serai pour toujours reconnaissante à ce professeur pour la main qu'il m'a tendue. Cela a motivé ma prise de poids. Même si ceci n'est en rien synonyme de guérison.

Par rosebud - Publié dans : mon parcours
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Mercredi 7 mars 2007

Dans un magazine, j'étais tombée sur la méthode Weight Watchers qui proposait des menus pour quatre semaines. Seulement je vivais avec ma famille, et je ne pouvais suivre ces menus à la lettre, d'autant plus que je n'avais pas averti ma mère de mon envie de maigrir. Je lisais et relisais les deux doubles pages jusqu'à connaître par coeur les équivalences. Tous les jours je lisais des informations sur la diététique, les calories. Rapidement je connaissais tout sur le bout des doigts. Et je commençais à voir des calories partout.

 Je m'étais inscrite au tennis et j'y allais à vélo par tous les temps. Je me mettais à faire plus de sport et à rallonger mes trajets à pieds ou à vélo. Je maigrissais régulièrement mais sans vraiment en prendre conscience. Je me sentais toujours grosse. Je me suis imaginée que mon métabolisme devait être un peu spécial et que j'avais besoin de moins de nourriture que la moyenne et de faire plus d'exercice physique également. Donc réduction drastique des portions.

Après quelques mois de ce régime, ma mère est venue un soir après les cours pour aller chercher des vêtements. J'avais perdu deux tailles. J'en étais ravie au début: je réussissais à maigrir. Ma mère et moi en avons parlé dans la voiture sur le retour. Je lui ai dit que je n'arrivais plus à manger sans me poser de questions. Ma mère a commencé à avoir peur ce jour-là. J'avais déjà l'impression que la situation m'échappait.

 Au bout d'un certain temps, alors que j'avais atteint environ 48 kilos, je savais que si je maigrissais encore j'allais être vraiment maigre. Je n'avais pas vraiment l'envie d'être squelettique, mais j'avais tellement peur de grossir que je trouvais préférable de maigrir encore, "pour avoir de la marge". J'avais lu qu'après une période de régime restrictif, l'organisme avait tendance à stocker les graisses si la personne reprenait une alimentation normale, et ce fut ma plus grande peur.

 La nourriture m'effrayait désormais et cela faisait un moment que je n'avais plus un comportement spontané avec la nourriture. Je ne me basais plus sur ma faim car j'avais su la maîtriser, ni sur le goût des aliments. Je me nourrissais selon un programme bien établi. Toute entorse aurait été insupportable. Je vivais avec l'obsession de la bouffe. J'y pensais sans arrêt: en cours, lors de conversations, le soir avant de m'endormir, quand je me baladais...J'évitais les repas, je trouvais des excuses pour ne pas manger. Les repas de famille étaient devenus conflictuels.

 Je savais que je n'étais pas grosse, tous les jours j'avais droit à des commentaires sur ma maigreur même par des inconnus, et les gens commençaient à me regarder avec pitié. Mais c'était grisant de voir la balance m'indiquer chaque kilo perdu. Une fois sortie des cours je marchais pendant une heure et demie en ville tous les soirs. Je ne pouvais imaginer une seule journée sans marcher, je pensais que j'allais devenir énorme si je manquais à mon devoir. Le soir je récapitulais les calories ingérées la journée et m'en voulais d'avoir mangé une tomate de trop.

Je suis descendue à 35 kilos . J'étais déprimée. Je voyais la vie encore plus en noir qu'avant. J'étais fatiguée de tous ces rituels et ces obsessions. Je n'en dormais plus. Je m'isolais, je devenais irritable. Mais mes résultats scolaires grimpaient en flèche. Je fourrais ma tête dans mes cahiers et mes livres pour éviter de penser à la bouffe, et aussi parce que je resentais le besoin d'apprendre et d'élever mon esprit. J'intellectualisais tous mes problèmes et je voyais l'anorexie comme une protestation contre le monde entier et la satisfaction des gens. J'aimais ma maigreur, j'aimais qu'on me regarde l'air inquiet. Je me sentais de la valeur, une particularité. Je me sentais forte.

Par rosebud - Publié dans : mon parcours
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