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Jeudi 26 avril 2007

Au lieu de chercher à aller mieux pour avoir à nouveau ma fille dans mes bras, je passais tout mon temps à éviter toutes les choses douloureuses en m'affamant. Je passais chaque seconde à penser aux moyens d'éviter la nourriture, à penser à la nourriture. Je ne me rendais pas compte qu'il n'y avait aucun triomphe à ne pas manger, c'était un échec. J'abandonnais chaque jour un peu de ma vie, un peu de la femme que je devais être. Et à chaque livre que je perdais, je perdais un peu plus de la personne que j'étais censée être, mais ce n'est pas comme ça que je le voyais. Pendant l'hiver, je perdais un kilogramme par jour. Mes cheveux commencèrent à tomber. Je devenais si faible que je ne pouvais plus sortir sans être aidée par quelqu'un.

Si on me demandait quand était mon anniversaire je répondais "euh..."¨parce que mon cerveau manquait de nourriture. Et c'est seulement à ce moment-là, alors que je ressemblais à un zombie, une sorcière que j'ai été diagnostiquée comme souffrant d'anorexia nervosa. C'était donc 7 ans après que mes troubles du comportement alimentaires aient commencé à cause des critères: il faut perdre plus de 15% de son poids. J'ai fini par perdre ces 15%, "dieu merci !", Je pense que si une personne présente les signes d'un trouble du comportement alimentaire, il faut s'en occuper avant qu'elle ne perde tout ce poids. Il ne faut pas attendre qu'elle marche avec une canne. Il faut l'aider avant qu'elle n'arrive à ce stade. Je ne veux pas dire mon poids à l'époque. Il était très bas. J'étais techniquement anorexique, et quand je me regardais dans le miroir, je n'y voyais qu'un monstre énorme. Quand les gens me regardaient je ne pensais pas qu'il me regardaient parce que j'étais très maigre, je pensais que c'était parce qu'ils pensaient que j'étais un monstre hideux. Et je me souviens d'être rentrée chez moi en pleurant et d'avoir pleuré la nuit en pensant "mais pourquoi suis-je aussi laide? Pourquoi suis-je aussi grosse?". Et maintenant quand je regarde en arrière je me sens tellement triste. J'étais si maigre, et si malade et pourtant je me disais "tu es une vache". Cela va aussi loin. Je comprends, je comprends comme c'est difficile pour vous. J'étais à votre place. Je sais ce que vous traversez.

Je ne sortais plus. Je ne quittais plus ma maison sauf pour aller chez mon psy et à chaque fois je rentrais chez moi en me sentant horrible à cause de tous ces gens qui me regardaient. J'étais vraiment au plus bas à cette époque. J'ai eu une attaque cardiaque en février 2001 à l'âge de 20 ans. Mon coeur ne fonctionnait pas bien parce que je ne mangeais pas et que je perdais du poids très rapidement et de manière néfaste. Je me suis rendue compte que j'étais sur le point de mourir, j'ai donc demandé de l'aide à mon psy et cette fois j'ai vraiment montré que j'avais besoin d'aide. Mon psy m'a placée sur une liste d'attente pour un traitement d'un an et il a accepté de continuer à me voir en attendant.

Mon sang n'était pas bon et mon coeur était faible. Tout était en train de lâcher mais j'ai dû attendre pendant 12 mois. Ca m'a fait très peur de me rendre compte que j'allais mourir. Je devais faire quelque chose. Mon psy n'était pas d'une grande aide, j'ai donc arrêté de le voir et j'ai décidé de guérir toute seule. Sachant que j'étais tout près de la mort, j'ai utilisé cela pour me motiver à retrouver la santé parce que je me suis rendue compte que je ne voulais pas être morte après tout. J'avais l'impression que je retournais sur le droit chemin, je redevenais une bonne mère, et je me sentais bien.

Mais un an après la mort de mon amie j'ai reçu un coup de téléphone d'un hôpital; on me demanda si je voulais participer à une thérapie de groupe. Et j'ai répondu oui parce que je voulais continuer à aller mieux et que j'étais prête à chercher de l'aide partout afin de continuer à guérir. Alors j'allais à cette thérapie de groupe toutes les semaines et j'étais entouré par un groupe d'anorexiques et de boulimiques qui étaient très actifs dans leur maladie et qui n'était pas encore en voie de guérison, et ils eurent une grande influence sur moi. Il y avait de la compétition, il y avait beaucoup de jalousie entre tout le monde. J'ai alors commencé à passer la semaine entre les séances à essayer de maigrir afin que la semaine suivante je sois la fille la plus maigre présente. Voilà à quel point mon esprit est devenu tordu. Tout le monde était content pour moi parce que je suivais une thérapie de groupe. Je ne disais pas "vous savez quoi, la thérapie de groupe me donne vraiment envie de prendre un nouveau départ".

 J'ai décidé de le cacher et de tout garder pour moi. J'allais diner chez ma mère et bien sûr j'utilisais l'astuce de la-nourriture-dans-la-serviette. Je disais aux gens "oh il est est déjà huit heures". Je demandais pardon pour mon comportement. Je n'avais aucun contrôle sur mon attitude. Au bout de 5 semaines de thérapie de groupe, j'ai été renvoyée pour m'être moquée d'une personne qui souffrait de boulimie, que je considérais comme le point le plus bas. J'étais devenue très mesquine. J'étais à nouveau dans un état épouvantable. Retour à la case départ et même pire parce que maintenant mes reins commençaient à se boucher, je n'avais plus mes règles, j'avais des tonnes de problèmes. Je n'arrivais plus à aller aux toilettes. Je devais porter des protections toutes la journée parce que je ne contrôlais plus ma vessie. On voyait mes os, j'avais de moins en moins de cheveux et tout ce à quoi je pensais c'était au point auquel j'étais grosse. Je voulais qu'on voit à l'extérieur de moi la façon dont je me sentais à l'intérieur. Morte, je me sentais morte à l'intérieur, tellement morte. Je voulais que les gens me voient comme le monstre hideux que j'étais parce que c'est comme cela que je me voyais. J'étais hideuse, je n'étais rien, je n'étais rien. Il y avait quelque chose qui n'allait pas chez moi, j'étais défectueuse en quelque sorte et je voulais que les gens le voient. Et en même temps je voulais n'être vue par personne, je voulais être invisible. D'abord j'ai été jalouse des topmodels, ensuite j'ai été jalouse des autres anorexiques, puis j'en suis même venue au point où je regardais des squelettes et j'en étais jalouse, jalouse des squelettes. Ohé Kat, où es-tu? Où est-ce que j'étais? Je ne sais pas, mais c'est ce que je ressentais.

J'ai commencé à chercher des gens comme moi. J'ai rejoint le mouvement pro-ana. Je n'avais plus aucun contrôle sur mon comportement et mon esprit était si tordu que je n'avais plus d'amis, plus de famille. Personne ne voulait avoir affaire à moi. Ma soeur m'appelait pour me dire que j'allais lui manquer quand je serais morte. Pour ma famille, j'étais déjà morte. Je me souviens d'avoir appelé ma mère qui m'a répondu "je ne peux plus, je ne peux pas être là à te regarder mourir, tu es ma petite fille". Et au lieu de me sentir mal et de vouloir m'excuser, j'ai seulement pensé "très bien, va te faire foutre, de toute façon je suis trop occupée à perdre du poids, va-t-en de mon chemin".

J'ai attendu le programme jusqu'à ce qu'on me dise "encore 6 mois et vous pourrez participer". Deux semaines après avoir reçu la nouvelle que je devais attendre encore 6 mois, mon médecin m'a dit "tu veux vivre encore 3 mois? Parce que c'est tout le temps que tu peux encore espérer vivre si tu n'arrêtes pas". Tout ce qui pouvait se détraquer dans mon corps se détraquait. J'ai ri à la pensée que j'allais mourir. Malgré tout ce qui m'arrivait, j'ai ri. Quelqu'un d'aussi vile, d'aussi vain et laid que moi allait obtenir le doux soulagement de la mort, je trouvais ça heureux. Alors que je pensais que j'étais au point le plus bas, j'ai commencé quelque chose ce jour-là qui me hantera le restant de mes jours. Je me sentais si merdique que j'ai pris un tas de nourriture, je l'ai mâchée et l'ai crachée dans les toilettes et ensuite j'ai regardé la nourriture, je l'ai prise et je l'ai étalée sur tout mon visage, dans mes cheveux, et sur mon corps...

Par rosebud - Publié dans : Eniwekwe
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Mercredi 25 avril 2007

Je mets ici un lien vers une vidéo d'Eniwewke intitulée an outsider's perspective. Elle n'est pas bien compliquée à comprendre pour les gens qui connaissent un peu l'anglais, d'autant plus qu'elle est sous-titrée. Cependant je veux bien la traduire si une personne le demande. Cette vidéo présente la douleur et l'impuissance que les proches de personnes souffrant d'anorexie ressentent.

http://www.youtube.com/watch?v=cf9tdW6jf7c

 

Par rosebud - Publié dans : Eniwekwe
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Mercredi 25 avril 2007

[...] Dans la série de vidéos que j'ai faite jusqu'ici j'ai passé beaucoup de temps, de passion et d'énergie à vous parler des statistiques, de ce que je pense par rapport à la guérison, j'ai fait une vidéo à propos de ce que je pense de la thinspiration, j'ai fait des vidéos concernant mon expérience personnelle des conséquences physiques, j'ai également essayé de présenter la vision des personnes qui partagent la vie d'une anorexique. Mais la chose que j'ai évité jusqu'à présent c'est de raconter mon histoire parce que je ne voulais pas que ces vidéos soient centrées sur mon cas, mais récemment j'ai reçu des e-mails de gens qui me demandaient quelle est mon histoire avec l'anorexie. J'ai vraiment hésité à en parler. Mais je sens que le temps est venu pour moi de partager mon expérience personnelle avec vous. Je pense que cela pourrait être utile car beaucoup des gens qui ont vu mes vidéos pensent que je n'ai pas idée de ce je dis et que je n'ai aucune expérience de l'anorexie et il y a même des gens qui me demandent pourquoi j'en parle.

J'ai été anorexique et cela fait deux ans que je m'en remets. Maintenant je suis prête à en parler. J'espère que cela va répondre aux questions à propos de mon expérience, et s'il vous plaît, soyez à mes côtés car cela va être une chose difficile pour moi d'en parler au monde entier. Je pense qu'il me faudrait des heures pour raconter mon histoire en détail, mais je veux partager les grandes lignes.

J'ai commencé à prendre mes mesures et à me peser à l'âge de 9 ou 10 ans. J'avais fortement conscience de ma silhouette et de la taille de mon corps. Les autre filles voulaient jouer aux barbies, moi je voulais aller dans la salle de bains avec un mètre-ruban pour mesurer mon tour de taille. Mes troubles alimentaires -c'est-à-dire quand je me laissais mourir de faim, etc- n'ont commencé que plus tard.

Cela a commencé pendant une période difficile de ma vie, à l'âge de 14 ans. J'ai eu beaucoup de traumatismes pendant mon enfance. Je n'étais pas chez moi avec mes parents quand mon anorexie a commencé, j'étais dans une famille adoptive. J'avais beaucoup de problèmes d'anxiété, j'avais toujours peur de tout. Je ne m'en sortais pas à l'école. Mon appréhension et mon manque de confiance en moi transparassaient chez les autres élèves. Ils s'en amusaient comme les camarades de classe ont l'habitude de le faire et me disaient des choses comme "tu sais, si tu n'étais pas si grosse tu serais vraiment jolie", "si tu maquillais tu ne serais pas si laide". J'avais toujours cela en tête et ce ne fut pas une période très agréable pour moi. Un matin j'ai perdu l'appétit et je ne l'ai pas retrouvé pendant un long moment. A cette époque ce n'était pas une décision consciente de me priver de nourriture, je ne limitais pas mon alimentation, c'était littéralement une perte d'appétit, c'était ma nervosité qui m'empêchait de manger quoi que ce soit.

Quand j'ai senti que je pouvais manger à nouveau, il m'a semblé presque impossible de fournir de la nourriture à mon organisme. A l'âge de 15 ans, j'étais incapable de manger si l'on ne m'aidait pas. Mais les médecins n'appelaient pas cela "anorexie" mais "anxiété", et je crois que dans mon cas, c'était bien de l'anxiété. Ils me disaient "tu es anxieuse, tu es nerveuse, et c'est la raison pour laquelle tu n'arrives pas à manger. Et je les croyais. Je me suis aperçue que j'avais peur à chaque fois que j'essayais de manger.

Ma mère faisait venir une infirmière une fois par semaine. Elle me faisait manger la moitié d'un sandwich et me forçait à boire un verre de ginger ale (boisson gazeuse au gingembre). C'était vraiment la seule occasion à laquelle je mangeais quelque chose de consistant. Mon poids était considérablement en dessous de la normale mais on continuait à me dire que c'était nerveux.

Quand j'ai recommencé à manger j'ai remarqué que mon mental avait changé, mon état d'esprit ne devenait pas sain à mesure que mon corps recouvrait la santé. Je ne pensais pas que je souffrais d'un TCA et personne ne le pensait à ce moment-là. Mais maintenant que je regarde en arrière je me rends compte que c'est là que ça a commencé. J'ai commencé à assimiler la nourriture à la graisse et soudain je passais tout mon temps à penser à la nourriture, au gras, et à mon poids. Et je me disais "qu'est-ce qui ne va pas chez moi?"

A l'âge de 16 ans je me regardais dans le miroir tous les jours et je n'y voyais pas une fille moyenne avec une silhouette moyenne. J'y voyais un monstre défiguré que les gens allaient montrer du doigt et regarder fixement, et dont ils allaient se moquer si je ne perdais pas du poids pour devenir invisible au monde qui m'entourait. Je mangeais peut-être un repas par jour et je mangeais assez pour maintenir mon corps dans un état de santé relativement bon. Mais mon esprit n'était plus là où il devait être, j'étais loin d'avoir un mode de pensée sain.

Mais j'ai gardé cela en moi, je n'en ai rien dit à personne. Donc personne ne l'a vu venir car je n'avais pas l'air malade. C'est là que se situe l'énorme problème avec les TCA. Il y a tellement de gens qui ne sont pas assez maigre pour attirer l'attention dont ils ont besoin. Et c'est ce qui m'est arrivé. J'ai passé beaucoup d'années avec un poids assez élevé pour que personne ne me remarque ou ne remarque mes problèmes.

Je suis tombée enceinte de ma fille à l'âge de 17 ans et ce fut un grand soulagement pour moi. Je ne pouvais plus m'affamer. J'avais quelqu'un d'autre à l'intérieur de mon corps de qui je me sentais entièrement responsable et pour qui je voulais vivre. Et je pensais qu'elle allait me sauver, qu'elle allait sauver ma vie. Et pendant ma grossesse j'avais cette distraction stupéfiante, cette raison stupéfiante de manger. Cela m'a vraiment aidé à me remettre les idées en place parce que je commençais à penser comme une mère. C'est donc resté un peu en sommeil, c'est resté en attente pour revenir au bon moment, on pourrait dire.

En octobre 2000 ma meilleure amie est morte dans mes bras. Elle avait un cancer au cerveau. Trois jours plus tard mon mari et moi nous séparions. Soudain j'étais une mère célibataire de 20 ans, sans amis. Et je pense que le stress de cette situation à tout fait revenir, a fait revenir l'anorexie dans ma vie parce que j'avais besoin de quelque chose pour m'aider à faire face à toutes les choses qui se passaient autour de moi et qui dépassaient mon contrôle. A ce moment-là j'ai replongé dans les TCA. Dans le mois qui a suivi la mort de mon amie, je me suis retrouvée à compter les calories, mon apport en lipides. C'était juste ma façon de contrôler une vie sur laquelle je n'avais pas de contrôle. Je mangeais moins, et de moins en moins tous les jours. Je m'en fichais. Cette fois je me suis laissée perdre le contrôle, mon trouble alimentaire est devenu sévère. Au moment de noêl de cette année, j'avais perdu 25 kilos, c'est-à-dire 25 kilos en deux mois. Et je devenais si faible et fatiguée. Je ne pouvais plus porter ma fille de 2 ans. Mes côtes risquaient de craquer si j'essayais de la lever au dessus de moi parce que j'étais devenue si faible et si fragile si rapidement. Ma mère l'a donc prise et a fini par la garder la plupart du temps parce que je ne pouvais plus me comporter en mère avec elle. Elle avait été ma seule et unique raison de rester en bonne santé et de bien me porter, mais même elle ne pouvait plus me sauver parce qu'on ne peut  pas surmonter cela pour quelqu'un d'autre, on doit le faire pour soi-même...

Par rosebud - Publié dans : Eniwekwe
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