| Décembre 2009 | ||||||||||
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Au lieu de chercher à aller mieux pour avoir à nouveau ma fille dans mes bras, je passais tout mon temps à éviter toutes les choses douloureuses en m'affamant. Je passais chaque seconde à penser aux moyens d'éviter la nourriture, à penser à la nourriture. Je ne me rendais pas compte qu'il n'y avait aucun triomphe à ne pas manger, c'était un échec. J'abandonnais chaque jour un peu de ma vie, un peu de la femme que je devais être. Et à chaque livre que je perdais, je perdais un peu plus de la personne que j'étais censée être, mais ce n'est pas comme ça que je le voyais. Pendant l'hiver, je perdais un kilogramme par jour. Mes cheveux commencèrent à tomber. Je devenais si faible que je ne pouvais plus sortir sans être aidée par quelqu'un.
Si on me demandait quand était mon anniversaire je répondais "euh..."¨parce que mon cerveau manquait de nourriture. Et c'est seulement à ce moment-là, alors que je ressemblais à un zombie, une sorcière que j'ai été diagnostiquée comme souffrant d'anorexia nervosa. C'était donc 7 ans après que mes troubles du comportement alimentaires aient commencé à cause des critères: il faut perdre plus de 15% de son poids. J'ai fini par perdre ces 15%, "dieu merci !", Je pense que si une personne présente les signes d'un trouble du comportement alimentaire, il faut s'en occuper avant qu'elle ne perde tout ce poids. Il ne faut pas attendre qu'elle marche avec une canne. Il faut l'aider avant qu'elle n'arrive à ce stade. Je ne veux pas dire mon poids à l'époque. Il était très bas. J'étais techniquement anorexique, et quand je me regardais dans le miroir, je n'y voyais qu'un monstre énorme. Quand les gens me regardaient je ne pensais pas qu'il me regardaient parce que j'étais très maigre, je pensais que c'était parce qu'ils pensaient que j'étais un monstre hideux. Et je me souviens d'être rentrée chez moi en pleurant et d'avoir pleuré la nuit en pensant "mais pourquoi suis-je aussi laide? Pourquoi suis-je aussi grosse?". Et maintenant quand je regarde en arrière je me sens tellement triste. J'étais si maigre, et si malade et pourtant je me disais "tu es une vache". Cela va aussi loin. Je comprends, je comprends comme c'est difficile pour vous. J'étais à votre place. Je sais ce que vous traversez.
Je ne sortais plus. Je ne quittais plus ma maison sauf pour aller chez mon psy et à chaque fois je rentrais chez moi en me sentant horrible à cause de tous ces gens qui me regardaient. J'étais vraiment au plus bas à cette époque. J'ai eu une attaque cardiaque en février 2001 à l'âge de 20 ans. Mon coeur ne fonctionnait pas bien parce que je ne mangeais pas et que je perdais du poids très rapidement et de manière néfaste. Je me suis rendue compte que j'étais sur le point de mourir, j'ai donc demandé de l'aide à mon psy et cette fois j'ai vraiment montré que j'avais besoin d'aide. Mon psy m'a placée sur une liste d'attente pour un traitement d'un an et il a accepté de continuer à me voir en attendant.
Mon sang n'était pas bon et mon coeur était faible. Tout était en train de lâcher mais j'ai dû attendre pendant 12 mois. Ca m'a fait très peur de me rendre compte que j'allais mourir. Je devais faire quelque chose. Mon psy n'était pas d'une grande aide, j'ai donc arrêté de le voir et j'ai décidé de guérir toute seule. Sachant que j'étais tout près de la mort, j'ai utilisé cela pour me motiver à retrouver la santé parce que je me suis rendue compte que je ne voulais pas être morte après tout. J'avais l'impression que je retournais sur le droit chemin, je redevenais une bonne mère, et je me sentais bien.
Mais un an après la mort de mon amie j'ai reçu un coup de téléphone d'un hôpital; on me demanda si je voulais participer à une thérapie de groupe. Et j'ai répondu oui parce que je voulais continuer à aller mieux et que j'étais prête à chercher de l'aide partout afin de continuer à guérir. Alors j'allais à cette thérapie de groupe toutes les semaines et j'étais entouré par un groupe d'anorexiques et de boulimiques qui étaient très actifs dans leur maladie et qui n'était pas encore en voie de guérison, et ils eurent une grande influence sur moi. Il y avait de la compétition, il y avait beaucoup de jalousie entre tout le monde. J'ai alors commencé à passer la semaine entre les séances à essayer de maigrir afin que la semaine suivante je sois la fille la plus maigre présente. Voilà à quel point mon esprit est devenu tordu. Tout le monde était content pour moi parce que je suivais une thérapie de groupe. Je ne disais pas "vous savez quoi, la thérapie de groupe me donne vraiment envie de prendre un nouveau départ".
J'ai décidé de le cacher et de tout garder pour moi. J'allais diner chez ma mère et bien sûr j'utilisais l'astuce de la-nourriture-dans-la-serviette. Je disais aux gens "oh il est est déjà huit heures". Je demandais pardon pour mon comportement. Je n'avais aucun contrôle sur mon attitude. Au bout de 5 semaines de thérapie de groupe, j'ai été renvoyée pour m'être moquée d'une personne qui souffrait de boulimie, que je considérais comme le point le plus bas. J'étais devenue très mesquine. J'étais à nouveau dans un état épouvantable. Retour à la case départ et même pire parce que maintenant mes reins commençaient à se boucher, je n'avais plus mes règles, j'avais des tonnes de problèmes. Je n'arrivais plus à aller aux toilettes. Je devais porter des protections toutes la journée parce que je ne contrôlais plus ma vessie. On voyait mes os, j'avais de moins en moins de cheveux et tout ce à quoi je pensais c'était au point auquel j'étais grosse. Je voulais qu'on voit à l'extérieur de moi la façon dont je me sentais à l'intérieur. Morte, je me sentais morte à l'intérieur, tellement morte. Je voulais que les gens me voient comme le monstre hideux que j'étais parce que c'est comme cela que je me voyais. J'étais hideuse, je n'étais rien, je n'étais rien. Il y avait quelque chose qui n'allait pas chez moi, j'étais défectueuse en quelque sorte et je voulais que les gens le voient. Et en même temps je voulais n'être vue par personne, je voulais être invisible. D'abord j'ai été jalouse des topmodels, ensuite j'ai été jalouse des autres anorexiques, puis j'en suis même venue au point où je regardais des squelettes et j'en étais jalouse, jalouse des squelettes. Ohé Kat, où es-tu? Où est-ce que j'étais? Je ne sais pas, mais c'est ce que je ressentais.
J'ai commencé à chercher des gens comme moi. J'ai rejoint le mouvement pro-ana. Je n'avais plus aucun contrôle sur mon comportement et mon esprit était si tordu que je n'avais plus d'amis, plus de famille. Personne ne voulait avoir affaire à moi. Ma soeur m'appelait pour me dire que j'allais lui manquer quand je serais morte. Pour ma famille, j'étais déjà morte. Je me souviens d'avoir appelé ma mère qui m'a répondu "je ne peux plus, je ne peux pas être là à te regarder mourir, tu es ma petite fille". Et au lieu de me sentir mal et de vouloir m'excuser, j'ai seulement pensé "très bien, va te faire foutre, de toute façon je suis trop occupée à perdre du poids, va-t-en de mon chemin".
J'ai attendu le programme jusqu'à ce qu'on me dise "encore 6 mois et vous pourrez participer". Deux semaines après avoir reçu la nouvelle que je devais attendre encore 6 mois, mon médecin m'a dit "tu veux vivre encore 3 mois? Parce que c'est tout le temps que tu peux encore espérer vivre si tu n'arrêtes pas". Tout ce qui pouvait se détraquer dans mon corps se détraquait. J'ai ri à la pensée que j'allais mourir. Malgré tout ce qui m'arrivait, j'ai ri. Quelqu'un d'aussi vile, d'aussi vain et laid que moi allait obtenir le doux soulagement de la mort, je trouvais ça heureux. Alors que je pensais que j'étais au point le plus bas, j'ai commencé quelque chose ce jour-là qui me hantera le restant de mes jours. Je me sentais si merdique que j'ai pris un tas de nourriture, je l'ai mâchée et l'ai crachée dans les toilettes et ensuite j'ai regardé la nourriture, je l'ai prise et je l'ai étalée sur tout mon visage, dans mes cheveux, et sur mon corps...