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Jeudi 26 avril 2007 4 26 /04 /2007 20:01

Chevaux-et-mare.JPG ... C'était ma punition pour avoir mis de la nourriture dans ma bouche. J'ai décidé qu'à chaque fois que je mettrais de la nourriture dans ma bouche je la sortirais des toilettes et je l'étalerais partout sur moi. Et même à ce stade je me disais que je n'avais pas de maladie mentale. Je continuais à penser "il y a des gens qui pèsent moins que moi, qui valent plus que moi, je veux les battre, je veux être meilleure qu'eux, plus mince, je veux être plus malade". Je passais mes jounées dans les toilettes, à mâcher sans jamais manger la nourriture dont mon corps avait besoin. Il m'arrivait de prendre 5 douches au cours de la même journée pour enlever toute la nourriture de mes cheveux et de mon visage.

On m'a dit que les anorexiques mourraient souvent pendant leur sommeil. Je me souviens qu'un jour je suis allée faire la sieste et quand je me suis réveillée mon coeur battait plus vite que jamais. Cétait comme si je venais de faire un marathon pendant des heures. Je ne sentais plus mes bras, mes jambes, je ne sentais plus mon corps, mon coeur frappait dans ma poitrine, et à ce moment-là je me suis rendue compte que j'étais bien en train de mourir de cette "maladie" que j'avais choisie au bout du compte. Alors que j'étais couchée, que je me sentais partir et que je sentais que mon corps était en train de s'arrêter, au lieu de penser à ma graisse ou à ma perte de poids, l'image qui m'est venue à l'esprit était celle de ma petite fille, ma belle petite fille, dans sa plus belle robe, au dessus de mon cercueil qui me regardait et pleurait sa maman, et sa maman ne pouvait pas arrêter ses pleurs. Cela a percé les vapeurs mon inanition, cela m'a apporté un moment de lucidité. Juste un moment cependant, juste une seconde de clarté, et grâce à cette clarté j'ai choisi de commencer à guérir. J'ai pasé beaucoup de temps à vraiment essayer de guérir après cet épisode, j'ai passé plusieurs années à travailler très dur, toute seule, sans être aidée. J'ai fourni un gros effort pour m'entraîner à digérer à nouveau, et je devais tout le temps aller à l'hôpital. Je souffrais de conséquences physiques tellement graves que je ne pouvais plus m'affamer, je devais manger et je devais rester en bonne santé, autant que possible, pour contrebalancer toutes les conséquences dont je pensais être exempte.

J'ai finalement été en état de m'inscrire à l'université, et je suis allée à l'école, mais j'y ai été incitée à nouveau parce que j'étais une étudiante sérieuse et perfectionniste. Le stress que me donnait mon envie d'être toujours parfaite avait un effet déclencheur. J'ai également eu un petit ami mais j'avais tellement peur qu'il me fasse du mal que je voulais être parfaite pour lui également. Je voulais être parfaite à l'école, je voulais être parfaite pour lui, je voulais toujours être parfaite et j'ai recommencé à avoir l'impression que tout échappait à mon contrôle, et j'ai recommencé à m'affamer. Mais cette fois c'était pire que jamais parce que je ne perdais plus de poids: mon métabolisme avait diminué. J'étais à nouveau prise au piège de cet état d'esprit, et je me souviens qu'un jour j'étais dans la salle de bains avec un couteau et un aspirateur à essayer de me faire une lipo-aspiration et à ce moment je me suis rendue compte que je n'avais plus aucune trace de santé mentale, j'avais donné tout mon pouvoir et ma santé mentale à ce TCA.

J'ai probablement essayé de guérir réellement 9 ou 10 fois avant de réussir quoi que ce soit. On m'a refusée à l'hôpital sous prétexte qu'ils avaient une responsabilité judiciaire et que si je mourrais ils seraient tenus pour responsables, on m'a dit que j'étais trop malade pour une thérapie en consultation externe, je n'étais pas assez malade pour être hospitalisée, aucune structure ne me soutenait. J'ai tout essayé, on n'a pas voulu de moi en hôpital psychiatrique. A la fin je me suis résignée à mourir de mon tca. Alors je me suis assise en face d'un ordinateur portable et j'ai écrit un livre, et ce livre parlait de mon trouble du comportement alimentaire du début à la fin. J'avais l'intention de mourir pendant son écriture et j'espérais qu'il soit publié et qu'il soit mon héritage. En écrivant ce livre, j'ai eu un autre moment de clarté. Je me suis dit "ce n'est pas une maladie. J'ai failli mourir beaucoup de fois, et je ne veux pas mourir". J'ai choisi de guérir et j'ai guéri pendant un court moment.  "Peut-être ai-je choisi la mauvaise voie. Peut-être que le traitement, ce n'est pas aller à l'hôpital comme une personne malade, peut-être que l'anorexie doit être traîtée comme on traîte une dépendance. Ce n'est pas une maladie, c'est une dépendance, j'ai le pouvoir d'arrêter et je vais le faire".

J'ai consacré ma volonté et ma vie à retrouver mon pouvoir. Quand une journée se passait mal, je ne la laissais pas m'inciter à replonger. Je me disais 'ce n'est qu'une incitation, ce n'est qu'un mauvais jour, ce n'est pas grave, il y a des mauvais jours, ça va passer".  J'ai vécu au jour le jour. Une sale journée n'était pas la fin de ma vie, c'était seulement une sale journée. Une bonne journée était un pas en avant. Et depuis j'envisage les choses au jour le jour, je pense à ce que j'aime, aux choses pour lesquelles je suis reconnaissante. Il m'arrive d'avoir des mauvais jours, il y a des jours où je ne veux pas manger mais je ne laisse plus ces journées m'atteindre. Je me dis "ce n'est rien, demain j'ai la chance de prendre un nouveau départ". Et c'est de cette façon que j'ai réussi à guérir. Cela a été un long voyage avec beaucoup de hauts et de bas mais ces dernières années la courbe va vers le haut, ce ne sont plus les montagnes russes. Cela ressemble plus à une ascension lente et régulière vers la santé et le bonheur. Je me suis rendue compte que le bonheur n'est pas quelque chose qui s'attend mais c'est quelque chose que l'on choisit. Le bonheur est un choix que nous faisons tous les jours.

Voilà mon histoire, j'espère que quelqu'un peut comparer son parcours au mien. J'espère que cela répond aux questions des personnes qui voulaient savoir comment cela s'était passé pour moi. Souvenez-vous que je ne suis pas différente de vous, et si je peux le faire, vous le pouvez aussi.

Par rosebud - Publié dans : Eniwekwe
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