Mes problèmes avec la nourriture remontent à l'année de ma première. Je dis "problèmes avec la nourriture" mais bien entendu les troubles du comportement alimentaire ne sont que les symptômes d'un malaise plus ou moins identifié.
J'ai très vite été complexée par mon corps. Les remarques des personnes de mon entourage n'y sont pas pour rien. Je me souviens des regards étonnés de mes camarades d'école primaire à la vue de la pilosité de mes jambes, de ma grand-mère qui compare mes cuisses à celles de ma cousine, de la honte que j'avais à marcher pieds-nus de peur qu'on ne voit mes orteils que je trouvais énormes et difformes. Tout ça très jeune donc: je n'avais pas 8 ans. En CP ma mère m'a amenée chez le coiffeur et je suis ressortie les cheveux courts comme un garçon. Cela m'a valu beaucoup de commentaires de la part de mes camarades de classe. J'avais peur de me montrer. Autour de moi la coquetterie des filles commençait à se faire sentir. Beaucoup rêvaient d'être "princesse". J'avais le sentiment que ce rôle ne serait pas le mien. Lors des jeux que nous faisions, quand nous dansions, j'étais "l'homme".
J'ai vécu une grande partie de mon enfance en étroite compagnie de ma cousine qui est du même âge que moi, et je me suis longtemps comparée à elle. Alice était considérée comme une petite poupée par les membres de notre famille. Mes cousines, mes tantes, les inconnus croisés dans les mariages, etc... la regardaient avec admiration. Il faut dire que si l'on prenait tant soin d'elle c'est aussi parce qu'elle avait perdu sa mère très jeune. Les gens voulaient compenser cette triste perte en lui offrant toute leur attention. C'est aussi parce qu'elle n'avait plus sa mère que la mienne s'occupait d'elle tous les midis. Nous allions ensemble à l'école et nous étions camarades de jeux. Je ne prenais pas conscience de l'importance de la mort de la mère d'Alice dans les compliments et autres marques d'admiration que les gens lui prodiguaient. Pour moi, Alice était jolie et gracieuse. Les gens n'avaient pas ce regard envers moi. Je n'étais que maladroite et laide, une "souillon", pour reprendre les termes de ma mère. Et cette étiquette me colle à la peau depuis lors. Beaucoup d'enfants subissent les mêmes choses, beaucoup subissent d'ailleurs des choses autrement pire que cela. Alors qu'est-ce qui a fait de moi ce que je suis maintenant?
qu'il m'est arrivé maintes fois auparavant de faire régime, mais mon manque de connaissances en matière de diététique ne me
permettait pas de maigrir. Mon envie d'être plus mince remonte à l'école primaire, en CE1 si je m'en souviens bien. J'enviais la silhouette d'une fille grande et mince. L'institutrice nous pesait
et nous mesurait régulièrement avant d'afficher les résultats au mur. Déjà à cette époque la minceur avait une connotation positive. Mais je n'avais pas encore fait le lien entre poids et
alimentation. Quand je découvris ce lien, je décidai de noter sur un carnet tous les aliments que j'avalais dans la journée en croyant qu'il y avait des aliments qui faisaient grossir, d'autres
qui ne faisaient pas grossir _ voire qui faisaient maigrir. Et si j'avais mangé un aliment interdit je me promettais de ne pas recommencer.