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Mercredi 28 février 2007 3 28 /02 /2007 21:26

Mes problèmes avec la nourriture remontent à l'année de ma première. Je dis "problèmes avec la nourriture" mais bien entendu les troubles du comportement alimentaire ne sont que les symptômes d'un malaise plus ou moins identifié.

J'ai très vite été complexée par mon corps. Les remarques des personnes de mon entourage n'y sont pas pour rien. Je me souviens des regards étonnés de mes camarades d'école primaire à la vue de la pilosité de mes jambes, de ma grand-mère qui compare mes cuisses à celles de ma cousine, de la honte que j'avais à marcher pieds-nus de peur  qu'on ne voit mes orteils que je trouvais énormes et difformes. Tout ça très jeune donc: je n'avais pas 8 ans. En CP ma mère m'a amenée chez le coiffeur et je suis ressortie les cheveux courts comme un garçon. Cela m'a valu beaucoup de commentaires de la part de mes camarades de classe. J'avais peur de me montrer. Autour de moi la coquetterie des filles commençait à se faire sentir. Beaucoup rêvaient d'être "princesse". J'avais le sentiment que ce rôle ne serait pas le mien. Lors des jeux que nous faisions, quand nous dansions, j'étais "l'homme". 

J'ai vécu une grande partie de mon enfance en étroite compagnie de ma cousine qui est du même âge que moi, et je me suis longtemps comparée à elle. Alice était considérée comme une petite poupée par les membres de notre famille. Mes cousines, mes tantes, les inconnus croisés dans les mariages, etc... la regardaient avec admiration. Il faut dire que si l'on prenait tant soin d'elle c'est aussi parce qu'elle avait perdu sa mère très jeune. Les gens voulaient compenser cette triste perte en lui offrant toute leur attention. C'est aussi parce qu'elle n'avait plus sa mère que la mienne s'occupait d'elle tous les midis. Nous allions ensemble à l'école et nous étions camarades de jeux. Je ne prenais pas conscience de l'importance de la mort de la mère d'Alice dans les compliments et autres marques d'admiration que les gens lui prodiguaient. Pour moi, Alice était jolie et gracieuse. Les gens n'avaient pas ce regard envers moi. Je n'étais que maladroite et laide, une "souillon", pour reprendre les termes de ma mère. Et cette étiquette me colle à la peau depuis lors. Beaucoup d'enfants subissent les mêmes choses, beaucoup subissent d'ailleurs des choses autrement pire que cela. Alors qu'est-ce qui a fait de moi ce que je suis maintenant?

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Vendredi 2 mars 2007 5 02 /03 /2007 12:40

Mes années au collège ont été difficiles, c'est d'ailleurs il semble le cas pour la plupart des gens. Je me souviens d'une grande dépendance vis à vis de ma famille, et en particulier de ma mère. Le collège était un milieu hostile. A chaque fois qu'une crasse m'arrivait, je pensais à ma mère et ça me faisait pleurer. Le contraste entre la sécurité du foyer et l'aggressivité du collège.  Je pleurais tous les dimanches soirs lors de mon année de 6e. Et pour cause: le lundi c'était le jour de la piscine. Il m'est arrivé plus d'une fois de feindre la maladie. J'avais trouvé une astuce pour faire croire à ma mère que j'avais de la température. Je tapais sur le thermomètre jusqu'à ce que le mercure atteigne 38,3° et je restais chez moi pour la journée. Si j'allais en classe le matin, je ne pensais qu'à l'épreuve à venir, j'avais toujours envie de pleurer, je passais sans cesse au bureau des surveillants dans l'espoir que ma prof serait absente dans l'après-midi, je courais à l'infirmerie en pretextant des nausées pour y rester dormir, je téléphonais à ma mère pour qu'elle vienne me chercher à 15h30, l'heure où mes cours étaient finis. Souvent je lui demandais le week-end. Cela me rassurait qu'elle vienne me chercher. Je me disais allez, tu n'as que deux heures (oh combien longues!) à tenir et après maman vient te chercher. Si je n'arrivais pas à la convaincre, j'avais l'impression d'aller au supplice: non seulement les 2 heures de piscine, mais en plus une heure de permanence obligatoire et le trajet en bus. Les heures à la piscine m'ont fait découvrir qu'on peut éprouver la solitude même entouré de gens. Je ne savais pas nager et la prof était d'une délicatesse stupéfiante. Sauter avec la perche aux 4 mètres, descendre le long de la perche et toucher le fond, nager avec la perche (la perche servait vraiment beaucoup)... Moi qui ne savait pas rentrer ma tête sous l'eau plus de 2 secondes, autant dire que j'appréciais particulièrement. Tout ça sous le regard bienveillant des élèves que je connaissais à peine: les classes étaient mélangées et j'étais en territoire inconnu. Les élèves du groupe me semblaient particulièrement moqueurs et à l'aise dans leurs pompes. La prof avait un faible pour eux bien entendu et détestait les petits timides qui ne brillaient pas dans leurs performances sportives. Je me suis pris une paire de remarques.

C'est à partir de se moment là que j'ai vraiment commencé à perdre mon estime de moi. J'enviais l'assurance et la beauté des autres filles. Mon corps me semblait difforme. Mon visage m'attirait des remarques diverses et variées. Mon appareil dentaire, ma pâleur,etc... tout est pretexte à la moquerie au collège. Ma façon de m'habiller également . Pendant mes années à l'école primaire, j'héritais des habits que me donnaient mes cousines. Avant mon entrée en sixième, ma mère m'a emmenée acheter quelques vêtements. Je n'avais aucune notion de ce qui se portait, je ne me doutais pas que si on ne rentre pas dans le moule au collège, on est vite montré du doigt. Alors j'ai acheté les habits qui m'amusaient sans regarder s'ils s'accordaient ou s'ils étaient criards... Chaussures crocodiles, pantalon rouge, cartable énorme et bigarré, doudoune noire et brillante... Je me suis vite rendue compte de la descrimination vestimentaire. J'essayais d'y remédier comme je pouvais. On se moquait de mon cartable. Et oui pour pas être ringard il faut avoir un sac à dos. Mes parents ne nageaient pas dans l'argent, c'est le moins que l'on puisse dire, je ne pouvais pas faire le petit caprice de demander un nouveau sac. Il y avait quelques vieux sacs chez moi, dont un sac à dos qu'avait utilisé mon père pour aller travail. Ce sac était piqué d'humidité et abîmé, même mon père ne le prenait plus pour aller au boulot, mais je trouvais que c'était mieux que d'avoir un cartable. Ce n'est pas le seul exemple du genre. Quelles conneries tout ça.

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Vendredi 2 mars 2007 5 02 /03 /2007 13:30

Je me rappelle que je me suis rapidement sentie différente des enfants de mon âge. Et j'en ai retiré un certain orgueil par périodes. Premièrement, j'ai su lire assez vite comparé aux autres élèves. En CP je n'avais plus besoin de cours de lecture, je m'y ennuyais. Mon institutrice m'a un jour fait lire un texte tout haut, et en voyant que je n'avais pas de problème, m'a exemptée du cours et m'a envoyée en récréation 10 minutes avant les autres élèves. J'ai des doutes quant à la valeur pédagogique de l'initiative. Les autres élèves ont pu se sentir insultés. En tout cas certains m'ont fait des remarques négatives. J'étais devenue la "chouchou". Peut-être que je retirais une fierté de cette faculté à lire. Ou plutôt, je me demandais pourquoi les autres n'avaient pas autant de facilité. Lire, c'était si simple! Alors peut-être que je me suis sentie supérieure, un peu comme si j'étais d'un âge plus avancé. D'ailleurs, un de mes voisins m'avait dit que j'étais "une petite dame".

J'avais un comportement un peu particulier en tout cas. Je me donnais le droit de gronder mon petit frère, de l'avertir du danger de ses jeux. Je donnais des leçons de catéchisme. Je croyais détenir la vérité sur tout. Ma mère m'avait fait part par exemple de son mépris pour les sitcoms à l'eau de rose que les filles de mon âge regardaient. Je décidai que j'afficherais également mon mépris pour eux, tout en restant curieuse de savoir ce que c'était. Ma mère avait également un oeil amusé au regard des amourettes des enfants de mon âge. Je décidai qu'ils étaient immatures et ridicules, toujours un peu envieuse tout de même.
 Mes parents sont catholiques. La messe c'était tous les dimanches, la prière tous les soirs...  Je suivais tout cela sans rien remettre en question. Je chantais également à la chorale, et donc entourée de personnes bien plus agées que moi qui étaient contents de voir une petite fille pieuse comme moi. Je ne voulais pas leur déplaire, je ne voulais déplaire à qui que ce soit,mais cela n'était valable que pour les adultes. J'avais besoin de leur reconnaissance.

 Ne pas être reconnue par les enfants de mon âge m'importait peu, en fait je ne voulais pas être considérée comme quelqu'un de mon âge. Mais je rêvais là. Parce que je n'avais pas les bagages pour qu'on me prenne au sérieux. J'avais conscience de n'être pas particulièrement jolie et que je ne me ferais donc pas remarquer par mon physique comme ma cousine par exemple. Alors il fallait qu'on admire ma maturité, ou ce que je prenais pour de la maturité. Peut-être parce que j'avais l'impression de ne pas exister au yeux des adultes.

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Mardi 6 mars 2007 2 06 /03 /2007 09:37

Pendant mes années au collège, c'est donc le "qu"en dira-t-on?" qui  a dicté ma conduite. La majorité se charge de savoir ce qui est bon pour vous. Alors pour être dans la norme, on adopte un comportement et même une façon de pensée qui font souffrir tout le monde au final. Et  cela vaut pour tout des domaines: habillement, conversation, centres d'intêret, relations amoureuses... S'exposer aux railleries est trop inconfortable. Rien de mieux pour l'estime de soi que vous faire humilier devant vos amies(?) qui elles n'ont pas la chance de s'attirer ce genre de remarques et se gardent bien de vous exprimer leur soutien_ quand ce ne sont pas elles qui vous vexent en vous faisant remarquer la largeur de vos cuisses ou celles de vos hanches, ou en se choquant de ne jamais vous avoir vue  "avec un mec".

J'ai à côté de moi des photos datant de cette période. Je n'y suis pas si laide et pas grosse du tout d'ailleurs. J'ai le visage d'une jeune ado qui porte un appareil. Je ne suis pas habillée à la dernière mode ça c'est sûr. Mes parents n'avaient pas les moyens pour ce genre de choses, et je ne le regrette pas. Ce que je regrette, c'est la méchanceté de ceux qui vous entourent, qui vous conduit à détester tout ce que vous êtes, et votre corps, parce que c'est tout ce que les gens semblent voir chez vous.

Pourquoi je ne passe pas outre cela? C'est du passé après tout! Oui c'est du passé, mais c'est ce qui constitue les fondations de ce que je suis devenue. Si j'avais pu dire merde à toutes ces conceptions minables, si j'avais pu rejeter les étiquettes, j'aurais vu que je n'étais pas un monstre , que mon corps n'avait rien d'anormal, mais qu'il était le meilleur instrument en ma possession.

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Mardi 6 mars 2007 2 06 /03 /2007 09:53

Mon année de troisième a marqué un tournant. Sans pour autant avoir le courage de dénoncer la futilité des valeurs de mes camarades _ en avais-je vraiment conscience en fait?_ je décidai de me concentrer davantage sur mes études. Je passais plus de temps à travailler qu'auparavant. Il est vrai que je cherchais par dessus tout la reconnaissance des professeurs même si apprendre m'était agréable. Ce que je voulais c'était l'approbation des profs au moment où ils rendaient les copies. Encore une fois, je cherchais à ce qu'on me remarque. Pourquoi ce besoin là? Peut-être avais l'impression de ne bénéficier d'aucune attention. Et je ressentais aussi l'envie de trouver un modèle, un guide. Et j'allais le chercher du côté des professeurs que je pensais les plus aptes à tenir ce rôle. Dans l'ensemble je m'en tirais bien. Mes résultats étaient bons, je m'efforçais de parler en classe, ce qui m'était difficile, et les professeurs étaient pour la plupart satisfaits. Je me concentrai davantage sur les matières littéraires et développai une aversion profonde pour les mathématiques.

Je croyais me rebeller. En fait je cherchais juste comme beaucoup d'adolescents à m'identifier à un groupe. Je croyais qu'adopter un style "baba" m'aiderait à être reconnue. Mais ce comportement était aussi vain que le précédent. A chaque fois on laisse des critères physiques évaluer une personne. J'en souffrais rapidement également. J'avais toujours cette impression de ne pas avoir de personnalité propre et de n'être qu'une très pâle copie. Je n'en gagnais pas en confiance en moi. Mes opinions n'étaient pas le miennes, elles se modelaient et s'adaptaient sans cesse. Je ne faisais que suivre.

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Mardi 6 mars 2007 2 06 /03 /2007 10:06

A cette époque certains garçons commencèrent à s'intéresser à moi.

J'ai souvent été amoureuse _j'adorais me bercer d'illusions. En fait je ne sais pas si c'est courant ou si je suis profondèment narcissique, mais il m'est souvent arrivé d'être attirée par un garçon parce que pensais (à tort) qu'il était amoureux de moi.

Cela a commencé en CP. Je vois un garçon parler à mon petit frère et je croise son regard. Automatiquement je me dis qu'il doit être en train de parler de moi à mon frère et qu'il est peut-être amoureux de moi. Alors je crois l'être moi aussi et je passe mon temps à remplir un carnet de coeurs et de niaiseries. Sans suite bien sûr.

Rebelote en sixième. Je croise plusieurs fois le regard d'un garçon de ma classe et je mets à lui trouver toutes les qualités. Je m'imagine sortant avec lui. Un midi il m'appelle à la cantine. Je me suis tellement monté de scénarios dans la tête que je crois qu'il veut me demander de sortir avec lui. Je suis morte de trouille et je m'enfuis en trouvant un prétexte bidon. Un peu plus tard j'apprends qu'il veut sortir avec ma voisine de classe et qu'il voulait juste que je le mette sur le coup.

Vacances entre la cinquième et la quatrième. Je joue dans un orchestre pour le quatorze juillet. Je suis assise à côté d'un garçon frêle et plus jeune que moi. Il y a un peu de vent. Sa partition s'envole et je la ramasse pour lui tendre. Il me regarde et me remercie et c'est assez pour que je tombe amoureuse de lui. A chaque fois c'est le même scénario. Je tombe "amoureuse" sans connaître le garçon concerné (même s'il semble que ce soit chose courante à cet âge et pas seulement) et pendant deux ou trois ans je m'imagine sortir avec lui, je lui parle avant de m'endormir, mais je n'en parle à personne. J'ai honte devant ma famille des sentiments que je peux avoir pour les garçons, comme si je me sentais coupable vis-à-vis d'eux, et les enfants de mon âge ont la langue trop bien pendue, et me confronter à la réaction du garçon concerné m'aurait sans doute fait mal. Et en fait je ne voulais pas sortir avec tous ces garçons, je prèférais de loin en rêver.

En troisième je fis la connaissance d'un garçon et je commençais à m'attacher à lui. Seulement il m'intimidait: il parlait beaucoup et semblait sûr de ce qu'il disait _je ne mettais donc pas sa parole en question. On passait du temps ensemble après les cours. Quand il faisait beau on s'installait dans l'herbe et il lui était arrivé de poser sa tête sur mon ventre et de frôler mes fesses du doigt, assez discrètement pour pouvoir s'en défendre en cas de protestation. Je ne disais rien. C'était bientôt les grandes vacances. Il m'invita à camper avec un de nos amis . J'étais d'accord, et même assez enthousiaste. Il me fit un plan pour aller chez lui. Demande d'autorisation à ma mère: négatif. Nous nous revîmes en seconde. J'étais toujours amoureuse. Si j'allais au lycée c'était pour le voir. Mais je ne faisais que le croiser. Il était distant. Un soir je le vis sur le parking du lycée avec une fille qu'il avait connue par mon intermédiaire dans les bras... J'en fus déprimée un long moment et perdis encore confiance en moi.

Entre temps _pendant les grandes vacances donc_ j'avais remarqué que mon voisin (plus âgé que moi de quatre ans) avait adopté un comportement différent vis-à-vis de moi. Moi et mes frères étions ses camarades de jeu depuis toujours. Mais là il avait 19 ans, les jeux c'était passé, et on passait surtout notre temps à parler par dessus la balustrade. Mais ses regards se font désormais plus insistants, ses propos allusifs. Je fais semblant de rien. Je ne veux pas sortir avec lui, je ne nous trouve pas grand chose en commun et je n'approuve pas toujours son comportement. Peut-être suis-je cependant flattée de l'intérêt soudain qu'il me porte, tout en ayant l'intime conviction que ce qu'il cherche c'est une copine, peu importe qui.Un jour où je suis chez lui et que nous regardons un film, il met ma sa main sur ma cuisse. Je suis paralysée et je n'arrive pas à lui dire quoi que ce soit. Sa main reste posée et je me sens mal à l'aise. J'ai l'impression qu'en m'étant gardée de protester à ses allusions, j'ai dû lui laisser croire que je consentais à sortir avec lui et que c'est de ma faute s'il a maintenant sa main sur moi. Je suis paralysée et je n'arrive pas à lui dire quoi que ce soit. Il y a un vrai tabou chez moi concernant les relations filles/garçons. Il doit croire que je suis d'accord. Un autre jour il pose ses mains sur maz poitrine. Je n'ose pas le regarder car je sais qu'il est tourné vers moi et qu'il veut m'embrasser. Moi je ne veux pas du tout. Ce genre de situations est arrivé plusieurs fois. Je l'ai laissé faire une fois et je n'ai donc plus osé reculer après. Lui dire qu'il devait arrêter. Il a dû se demander à quoi je jouais. Mais il ne m'a jamais rien exprimé clairement. Je me sentais coupable de n'avoir rien dit et de ne pas avoir été capable de disposer de mon corps. Je me sentais sale Ce garçon n'y était pour rien.

Je me sentais coupable de ma sexualité, de mes fantasmes. Et je me disais qu'une fille comme moi ne pouvais pas y prétendre. J'étais onvaincue que si je voulais être attirante, je n'en serais que grossière.

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Mardi 6 mars 2007 2 06 /03 /2007 11:13

Mon année de seconde a été une période particulièrement difficile. Déception amoureuse, sentiment d'être seule en compagnie de mon groupe d'amies_ qui me considéraient plutôt comme quelqu'un qu'on consulte en cas de problème mais avec qui on ne s'imagine pas passer de bons moments. J'étais devenue assez amère et avais tendance à exprimer ma révolte contre tout ce qui m'énervait (la liste était longue) et je n'étais pas particulièrement passionnée par les conversations tournant autour des fringues et des garçons.

A celà s'ajoutaient des tensions familiales. Un de mes grand-frères avec qui les relations avaient pour coutume d'être assez difficiles s'était mis à me gifler lorsque je lui faisais une remarque sur sa conduite qui m'exaspérait. Je reconnais mon manque de tact à cette époque. Cela donnait suite à des scènes de crises familiales peu réjouissantes dans lesquelles je ne pouvais que constater la démission de mon père et la tournure absurde des événements. Au final j'avais l'impression de n'avoir ma place nulle part, ni à l'école, ni dans ma famille.

Je devenais morose et irritable, la conduite et les propos des gens m'exaspéraient. Certes, je pensais davantage par moi-même _à supposer que cela ait un un sens_ , en tout cas j'exprimais ma pensée, mais tout le monde m'énervait. Je m'énervais moi aussi, je me détestais. Surtout physiquement. Quand je regardais mon reflet dans le miroir, j'avais l'impression d'y voir mon grand-frère et tout ce que cela évoquait: son statut de souffre-douleurs pour ses camarades, ses tics nerveux, ses problèmes moteurs et ses difficultés à communiquer, sa violence parfois. Je lui en voulais d'être faible.

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Mardi 6 mars 2007 2 06 /03 /2007 11:30

C'est à la fin de mon année de seconde que j'ai entamé un régime sérieux. Je dis "sérieux" parce qu'il m'est arrivé maintes fois auparavant de faire régime, mais mon manque de connaissances en matière de diététique ne me permettait pas de maigrir. Mon envie d'être plus mince remonte à l'école primaire, en CE1 si je m'en souviens bien. J'enviais la silhouette d'une fille grande et mince. L'institutrice nous pesait et nous mesurait régulièrement avant d'afficher les résultats au mur. Déjà à cette époque la minceur avait une connotation positive. Mais je n'avais pas encore fait le lien entre poids et alimentation. Quand je découvris ce lien, je décidai de noter sur un carnet tous les aliments que j'avalais dans la journée en croyant qu'il y avait des aliments qui faisaient grossir, d'autres qui ne faisaient pas grossir _ voire qui faisaient maigrir. Et si j'avais mangé un aliment interdit je me promettais de ne pas recommencer. 

Mais entreprendre ce régime "sérieux" est la plus grande des erreurs que j'ai faites dans ma vie. Ca n'était en rien sérieux. Ma grand-mère nous donnait les magazines de santé qu'elle avait fini de lire. Je les récupérais pour dégoter les astuces qui me feraient perdre du poids. Je n'avais pas de poids à perdre, tout au plus deux ou trois kilos.C'était dans ma tête. Depuis toute petite je croyais que je ne valais rien et que mon poids en était une cause.

La même année, deux événements m'ont fragilisée. Ma grand-mère, dépressive depuis plusieurs années avait développé un cancer de la peau qui s'était généralisé. C'était difficile de la voir souffrir aussi bien physiquement que moralement. De la voir maigrir et mourir à petit feu. Elle n'était plus la grand-mère aimante et attentionnée que j'avais connue, la maladie avait pris le dessus. Un matin, son plus bel ensemble était chez moi, il revenait du pressing. Je compris que ma grand-mère en était à ses derniers jours et que cet ensemble serait l'habit avec lequel elle serait enterrée. Je n'ai pas voulu aller la voir sur son lit de mort ni lui rendre visite avant qu'elle ne meure. Encore aujourd'hui je serais incapable de supporter la vue d'un mort ou d'un mourrant. Pas que j'aie peur de ma propre mort. Je me suis habituée à l'idée qu'un jour je ne serai plus. Mais la maladie, l'affaiblissement et la souffrance me sont insupportables. A cela s'ajoute la tristesse qu'occasionne la perte d'un être cher.

Parallèlement, mon père découvrait qu'il avait un cancer des testicules. Coup dur pour lui et pour nous. Ce qui était dur c'est aussi qu'il ne nous en parlait pas. On voyait qu'il était malheureux, mais il gardait tout en lui. On n'avait aucun moyen de lui exprimer nos impressions, puisqu'il semblait vouloir éviter le sujet. J'avais l'impression qu'il avait honte de nous parler de sa maladie parce qu'il s'agissait de ses testicules. D'ailleurs pendant un long moment il disait que c'était d'une ernie dont il souffrait... Il ne m'a jamais dit qu'il avait un cancer. C'est tout le mystère qui flottait autour du sujet et les allusions de ma mère qui me l'ont fait comprendre. Mon père  a été traîté et guéri mais cet épisode m'a affecté lourdement.

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Mercredi 7 mars 2007 3 07 /03 /2007 10:39

J'avais donc décidé de maigrir, mais sans me fixer d'objectif précis. A l'époque je pesais 58 kilos, ce qui était un poids tout à fait acceptable pour ma taille. Quand je pense à ça je me dis que j'ai gâché ma vie pour rien, et que j'ai fait l'expérience de choses que j'aurais préfèrer ignorer. J'aurais certainement été une toute autre personne. J'aurais eu des passions, des amis, je n'aurais pas sombré dans le nihilisme, j'aurais pu me lever le matin sans toutes ces obsessions dans la tête, je n'aurais pas effrayé ma famille, j'aurais pu apprécier la vie.

 Mais comme ces pensées me dévorent et me remplissent de culpabilité, j'essaye de trouver ce que ma maladie a eu de positif pour moi. Je crois que souffrir de TCA et de dépression m'a rendu plus ouverte d'esprit. Je suis plus à même de comprendre les comportements "bizarres", car j'avais souvent l'impression que je courais droit à la folie, d'être complètement aliénée de moi-même. Je pouvais me comporter d'une façon que j'aurais désapprouvée auparavant. 

Et c'est vrai que j'ai souvent tendance à remettre mon jugement et à trouver des circonstances atténuantes aux gens. J'essaye de penser à ce qui a pu les rendre tels qu'ils sont à présent et de leur enlever une part de responsabilité dans leurs actes. De plus je crois que quand on a traversé une période douloureuse, on a tendance à relativiser les petits tracas de la vie quotidienne pour lesquelles on se serait fait une montagne auparavant.

 Les biens matériels n'ont plus de valeur. Ce que l'on recherche est bien plus impalpable. Bien sûr cela peut conduire à de la frustration dans cette merveilleuse société de consommation, mais cela conduit aussi à chercher des rapports plus authentiques avec les personnes qui vous entourent.

J'ai vu que je pouvais rassurer un peu mon parrain dépressif grâce à mon vécu. Si je n'avais pas traversé la dépression, est-ce que j'aurais pu comprendre ses comportements extrêmes? Je suis plus à l'écoute à présent, simplement parce que je ne souhaite à personne de connaître la torture mentale.

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Mercredi 7 mars 2007 3 07 /03 /2007 12:22

Dans un magazine, j'étais tombée sur la méthode Weight Watchers qui proposait des menus pour quatre semaines. Seulement je vivais avec ma famille, et je ne pouvais suivre ces menus à la lettre, d'autant plus que je n'avais pas averti ma mère de mon envie de maigrir. Je lisais et relisais les deux doubles pages jusqu'à connaître par coeur les équivalences. Tous les jours je lisais des informations sur la diététique, les calories. Rapidement je connaissais tout sur le bout des doigts. Et je commençais à voir des calories partout.

 Je m'étais inscrite au tennis et j'y allais à vélo par tous les temps. Je me mettais à faire plus de sport et à rallonger mes trajets à pieds ou à vélo. Je maigrissais régulièrement mais sans vraiment en prendre conscience. Je me sentais toujours grosse. Je me suis imaginée que mon métabolisme devait être un peu spécial et que j'avais besoin de moins de nourriture que la moyenne et de faire plus d'exercice physique également. Donc réduction drastique des portions.

Après quelques mois de ce régime, ma mère est venue un soir après les cours pour aller chercher des vêtements. J'avais perdu deux tailles. J'en étais ravie au début: je réussissais à maigrir. Ma mère et moi en avons parlé dans la voiture sur le retour. Je lui ai dit que je n'arrivais plus à manger sans me poser de questions. Ma mère a commencé à avoir peur ce jour-là. J'avais déjà l'impression que la situation m'échappait.

 Au bout d'un certain temps, alors que j'avais atteint environ 48 kilos, je savais que si je maigrissais encore j'allais être vraiment maigre. Je n'avais pas vraiment l'envie d'être squelettique, mais j'avais tellement peur de grossir que je trouvais préférable de maigrir encore, "pour avoir de la marge". J'avais lu qu'après une période de régime restrictif, l'organisme avait tendance à stocker les graisses si la personne reprenait une alimentation normale, et ce fut ma plus grande peur.

 La nourriture m'effrayait désormais et cela faisait un moment que je n'avais plus un comportement spontané avec la nourriture. Je ne me basais plus sur ma faim car j'avais su la maîtriser, ni sur le goût des aliments. Je me nourrissais selon un programme bien établi. Toute entorse aurait été insupportable. Je vivais avec l'obsession de la bouffe. J'y pensais sans arrêt: en cours, lors de conversations, le soir avant de m'endormir, quand je me baladais...J'évitais les repas, je trouvais des excuses pour ne pas manger. Les repas de famille étaient devenus conflictuels.

 Je savais que je n'étais pas grosse, tous les jours j'avais droit à des commentaires sur ma maigreur même par des inconnus, et les gens commençaient à me regarder avec pitié. Mais c'était grisant de voir la balance m'indiquer chaque kilo perdu. Une fois sortie des cours je marchais pendant une heure et demie en ville tous les soirs. Je ne pouvais imaginer une seule journée sans marcher, je pensais que j'allais devenir énorme si je manquais à mon devoir. Le soir je récapitulais les calories ingérées la journée et m'en voulais d'avoir mangé une tomate de trop.

Je suis descendue à 35 kilos . J'étais déprimée. Je voyais la vie encore plus en noir qu'avant. J'étais fatiguée de tous ces rituels et ces obsessions. Je n'en dormais plus. Je m'isolais, je devenais irritable. Mais mes résultats scolaires grimpaient en flèche. Je fourrais ma tête dans mes cahiers et mes livres pour éviter de penser à la bouffe, et aussi parce que je resentais le besoin d'apprendre et d'élever mon esprit. J'intellectualisais tous mes problèmes et je voyais l'anorexie comme une protestation contre le monde entier et la satisfaction des gens. J'aimais ma maigreur, j'aimais qu'on me regarde l'air inquiet. Je me sentais de la valeur, une particularité. Je me sentais forte.

Par rosebud - Publié dans : mon parcours
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